violetta villas

Voici dans mon florilège de portraits, un des plus invraisemblables, voire des plus incongrus de tous, celui du phénomène Violetta Villas!

C’est à Heusy, dans la province de Liège en Belgique que vient au monde le 10 juin 1938 Czesława Gospodarek qui connaîtra la gloire sous le pseudonyme de Violetta Villas. On se doute bien que la petite demoiselle n’est pas belge une fois, avec un tel patronyme. Violetta est la troisième des quatre enfants d’un couple d’immigrés polonais. Le père, féru de musique et chef d’orchestre sans engagements est venu trouver le salut  au fond des mines de charbon de la cité ardente.

violetta villas

Violetta aura déjà dix ans et sera une vraie petite belge lorsque ses parents décident de regagner leur Pologne natale. Et c’est là qu’elle va donner une des plus grandes satisfaction qui soient à son papa fou de musique! La petite Violetta que l’on savait déjà douée pour le chant étudie la musique et se révèle surdouée au piano et au violon. L’enfant a dit-on l’oreille absolue, autant dire un miracle. La santé de son père ne cessant de décliner, la famille craignant pour son avenir, Violetta se laisse convaincre d’épouser le jeune lieutenant Gospodarek alors qu’elle n’a que 16 ans. mais en 1954, le mariage est encore ce qu’il y a de plus sûr pour les jeunes filles sans fortune. Le couple divorcera deux ans plus tard non sans que Violetta ne soit devenue la jeune maman d’un petit Krzysztof.

Elle a 18 ans lorsqu’elle passe à l’étude du chant lyrique et là c’est une autre découverte, un autre miracle! Violetta a cinq octaves! Un autre miracle de la nature qu’elle ne partage guère qu’avec le rossignol péruvien Yma Sumac.

Violetta villas

L’année 1960 est une année charnière dans la vie et la carrière de Violetta. Elle connaît ses premiers succès à la radio alors même que la maladie du mineur emporte son père adoré à seulement 60 ans.

Violetta qui a volontiers étendu son champ d’action vocal à la variété devient en quelques mois une superstar en Pologne et bientôt sa gloire s’internationalise! Elle part en tournée à travers toute l’Europe et l’Amérique du nord. Dès 1963 Bruno Coquatrix lui fait un pont d’or pour qu’elle accepte de se produire à l’Olympia et la France lui remet le grand prix international de la chanson pour son interprétation de l’Ave Maria de Schubert!

violetta villas

Il faut dire que si Violetta va de triomphes en triomphes, certes justifiés par son art, elle est aidée par un physique fracassant de star américaine qui n’est pas sans évoquer furieusement celui de Jayne Mansfield!

En 1966 elle part à la conquête de l’Amérique où comme partout ailleurs elle triomphe. Elle chante avec Paul Anka, Barbra Streisand, Dean Martin, Eartha Kitt, Sammy Davis et Frank Sinatra en personne. Par contre elle refuse de continuer à mener la revue au côté de Line Renaud qui estime-elle lui fait de l’ombre!

En 1968, Violetta qui maintenant a tout son attirail de star: villa, piscine, Cadillac visons roses et chihuahuas signe un contrat avec la MGM! Elle a rejeté quelques jours plus tôt un contrat de huit ans avec la Paramount!

Villas_violetta

Rien ne semble devoir arrêter Violetta dans la course au sommet pour la bonne raison qu’elle y est déjà.

Pourtant un grain de sable du désert du Nevada va gripper la mécanique céleste de sa gloire et en briser tous les rouages.

Sa maman désormais veuve est seule en Pologne et de plus en plus souffrante! Violetta saute dans un jet privé mis à disposition par un admirateur parmi d’autres et retourne en Pologne au chevet de sa maman.

Malheureusement pour elle, le pouvoir en place en Pologne n’est guère friand de pin-up las Vegasiennes et peu importe leur nombre d’octaves et leurs visons roses. Les autorités polonaises confisquent purement et simplement son passeport.

Empêchée de quitter la Pologne, Violetta Villas y restera « prisonnière » jusqu’en…1985!

Lorsque, enfin, elle sera à nouveau libre de ses allées et venues, elle préparera avec un soin méticuleux son spectacle « Violetta » et l’emmènera en tournée à travers l’Europe, l’Amérique et l’Australie! A New-York elle se produit au Carnegie Hall. Elle joue a guichets fermés et chaque soir on l’ovationne debout de longues minutes.

Pourtant la longue cassure polonaise a changé Violetta Villas. Comme si elle voulait renouer avec sa carrière là où elle s’était interrompue, et ce bien qu’elle se soit toujours produite avec succès en Pologne. Violetta se présente en scène affublée d’une perruque invraisemblable que même Louis XIV n’aurait pas osé envisager et qui lui dégringole en lourdes boucles blondes jusqu’aux genoux. Elle arbore tantôt de vastes crinolines dignes d’une opérette de drag Queen sur Sissi Impératrice puis des robes moulantes qui semblent exhumées du grenier de feu Jayne Mansfield!

violetta villas

Heureusement, restent la voix et le talent. On pardonne à Violetta ses excentricités d’un mauvais goût surréaliste.

La star revient maintenant régulièrement se produire en Pologne où elle est déifiée, sa revue « Violetta » est littéralement inscrite au patrimoine national. Elle donne des concerts dans les plus grandes salles du pays et reprendra même « Hello Dolly » en polonais!

En Amérique elle a fait la conquête d’un multimillionnaire, d’origine polonaise comme elle, Ted Kowalczyk qu’elle épouse le 6 Janvier 1988 à Chicago. Comme cadeau de mariage, l’heureux homme lui fait construire son propre théâtre tel qu’elle l’a toujours rêvé et où elle sera seule à se produire! Ce ne fut pas suffisant pour Violetta qui divorçait en décembre de la même année.

Violetta divorcée choisit de regagner la Pologne après avoir mis le monde à ses pieds une seconde fois et devient une véritable icône de la télévision nationale.

Mais si la star brille encore de mille feux malgré sa perruque et ses accoutrements de plus en plus invraisemblables, peu à peu ses démons la rattrapent. Violetta souffrait de troubles comportementaux mal diagnostiqués qui l’avaient souvent poussée dans l’alcool et les stupéfiants pour les surmonter. Avec le temps, peu à peu Violetta se lasse submerger. Elle s’isole, devient paranoïaque et agoraphobe. Elle ne parle plus à personne, coupe les ponts, annule ses contrats

Luttant contre elle-même elle donne une conférence de presse affublée de lunettes à doubles foyers et d’un chapeau rose qu’elle a l’air d’avoir piqué à Achille Zavatta.

Elle déclare renoncer à sa carrière pour se consacrer à la protection animale puis quitte la scène en se dandinant comme un vieux transformiste aviné qui imiterait Jayne Mansfield un soir de cuite.

On la retrouvera inconsciente et dénutrie dans sa vaste propriété qui tombait maintenant en ruines, au milieu de la centaine d’animaux qu’elle avait recueillis.

Violetta avait toujours été bien entourée au temps de sa gloire et ses contrats étaient parfaitement rédigés, elle pouvait vivre comme une reine jusqu’à la fin de sa vie rien qu’avec les royalties de ses films et de ses disques.

Malheureusement, le gouvernement polonais qui n’avait jamais été tendre avec elle, quel que soit le régime, ne l’entendait pas de cette oreille.

On se souvenait trop bien de cette superstar américaine qui n’avait jamais payé un sou d’impôts de toute sa carrière!  Dorénavant la totalité de ses revenus était destinée à combler cette lacune!

Ses animaux furent tous replacés et Violetta soignée en maison de santé. La vue de plus en plus basse, sa perruque de plus en plus longue et ses tenues de plus en plus affreuses, presque lamentable, elle reviendra se produire encore.

Dans des salles plus intimistes, il est vrai.

Elle donnera jusqu’à la fin ce spectacle saisissant d’une parodie de Jayne Mansfield arrivant boudinée dans ses fourreaux de paillettes trop étroits, agitant ses plumes fanées et son invraisemblable perruque. Elle trottine à petits pas qu’elle imagine sensuels et renversants, le temps de trouver le micro avec ses verres en tessons de bouteilles. Puis le premier effarement du public passé; cette petite chose ronde et grotesque chante. Elle chante Schubert, Strauss, Mozart et Gounod à en briser tous les verres, décrocher tous les lustres et déchirer tous les cœurs.

A jamais.

Violetta Villas s’éteindra en Pologne le 5 Décembre 2011. Elle avait 73 ans

Celine Colassin

violetta-villas

QUE VOIR?

1971: Dzieciol: Avec Wieslaw Golas

 

 

pas de réponses

Laisser un commentaire

fab89 |
Pour tout les fans de "Gran... |
tout sur tout ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | boy/prodessin/ciné-Bd
| cinemathequefrancaise
| loladu84mdr