monique van vooren

Avec ce patronyme bien belge qui fleure bon sa patrie natale, royaume de la boulette-frites-sauce tomate, Monique van Vooren fut parfois confondue avec Mamie van Doren, sa cadette de quatre ans, originaire du…Dakota !

Mais si Monique et Mamie peuvent être comparées à cause de leur tapage de starlettes bondes platinées, elles ne sont pas interchangeables.

Monique van Vooren naît à Bruxelles, le 25 Mars 1927. On sait peu de choses des jeunes années de cette actrice dont la carrière sera, à tout prendre, aussi mystérieuse que ses débuts ! La jeune demoiselle ne se rêvait pas star d’Hollywood mais avocate au barreau de Bruxelles. Mais après un an de faculté de droit, la belle se lassa.

Elle s’inscrivit aux cours d’art dramatique de l’acteur Max Péral qui fut en son temps une gloire belge faisant office de sommité en la matière. Nous sommes en 1943. C’est l’occupation. Péral trouve un petit rôle à sa belle élève dans une « revue 1900 ». Et c’est le coup de pouce du destin. La vedette se fait porter pâle. Monique qui étudie aussi le chant et la danse s’empare du rôle et du costume. Et c’est le triomphe ! Elle est bien plus belle et plus jeune que la vedette que l’on venait applaudit et dont la postérité a oublié le nom.

monique van vooren

A la libération deux ans plus tard elle est encore célèbre et part en Allemagne se produire pour les armées d’occupation et en particulier l’armée américaine ! Elle se produira tous les soirs tout un an durant puis sera engagée pour une tournée en…Amérique du Sud. Le périple est long, l’aventure risquée, Monique n’est pas majeure, on l’est alors à 21 ans. Son père décide alors de l’accompagner.

La tournée exotique terminée, Monique a la permission paternelle de rejoindre sa maman qui depuis le divorce s’est installée à New-York et tient un magasin de lingerie fine. Elle y fera la conquête d’un ancien champion de natation, Kurt Pfenninger. On voit que la jolie belge avait le sens de l’internationalité.

Et on n’a encore rien vu car un certain Vittorio de Sica retrouve sa trace pour lui proposer un rôle au cinéma sous la direction de Léonide Moguy dans « Demain il sera trop tard ». Elle répondra très modestement « Oh, merci mais je ne suis pas du tout certaine d’être capable de jouer dans un film ». Elle en tournera deux.

Rentrée à New-York chez maman et chez son mari, elle profite d’un succès personnel très inattendu à la sortie du film de Moguy aux USA. Monique est sur place, c’est elle qui assure la promotion. L’Amérique est sous le charme. Elle signe le même jour un contrat à la radio et un autre à la télévision. Son exotisme belge étant fort bienvenu dans l’Amérique d’après-guerre, on lui offre son propre Talk-show ! « Dix minutes avec Monique ». Dix minutes à parler de tout et de rien avec Monique, dix minutes à lui demander ses avis et ses conseils sur tout et n’importe quoi…Sans thème ni tabou ! Monique fait un succès, que dis-je ? Un tabac ! On lui propose de faire ses débuts à Broadway, elle accepte et déclare en riant » Venir tenter ma chance en Amérique était déjà un tel challenge que je ne vais pas déclarer forfait maintenant ! » Est-ce cette déclaration un peu bravache qui lui valut une offre de…Las Vegas ? Monique van Vooren la belge dans un tour de chant dans un casino de Vegas ? Et pourquoi pas ? La belle boucla ses malles et à elle le Nevada !

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Le temps de se remettre de ses émotions, c’est le producteur Sol Lesser qui la découvre sur son écran de télévision. Et ça tombe bien, il cherche une bombe pour son prochain Tarzan. Il se rue sur son téléphone. Mais pas de chance, la belle est…A Paris !

Rêvant de lauriers platinés qui ne se glanent que sur les champs de bataille hollywoodiens, dès que Lesser réussit à l’avoir au bout du fil, elle saute dans un avion toutes affaires cessantes et débarque à Hollywood ! Du Nevada, via New-York et Paris, elle glissa avec un naturel parait jusqu’à Hollywood !

On la retrouve dans Tarzan et la Diablesse, dans le rôle de la diablesse en question, Lex Barker quant à lui héritant du pagne de Tarzan.

Un comble pour Monique de débuter à Hollywood dans un film de Tarzan dont l’action se déroule comme il se doit dans la jungle. Un comble puisqu’à dix ans, Monique représentait la Belgique au championnat du monde junior de patinage artistique !

Un comble aussi que tout le monde s’accorde pour affirmer que son rôle de diablesse des jungles est son premier rôle au cinéma puisqu’on l’avait vue dans « Demain il sera trop Tard », tourné en 1950 avec Anna-Maria Pierangeli et « Un jour à Ostie ». Film devenu impossible à voir aujourd’hui. Difficile donc, on le voit de démêler le parcours de la belle Monique entre ce que l’on croit savoir, ce qui est et…Ce qu’elle a dit qui était ! A l’occasion de ses rares interviews elle se contente de parler de son caniche, de son goût pour la mode car elle fait ses propres vêtements. Raison de ses voyages réguliers à Paris pour se tenir au courant des tendances. Elle a aussi hérité du goût pour la lingerie fine de sa mère. « Ça n’a pourtant aucun rapport avec une robe d’avocat » tranchera une commère un tantinet jalouse.

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Sa date de naissance elle-même est sujette à caution puisqu’à ce jour on n’a pas encore réussi à trancher entre 1925 et 1927.

Si on est sûrs de son arrivée à Hollywood en 1949, on peut être également sûrs de la lenteur de ses débuts au cinéma. Si elle obtient un rôle en 1950, elle ne devient la fameuse She Devil qu’en 1953, soit quatre ans après son arrivée sous le soleil californien. C’est que la belle a mis son petit garçon au monde en 1953, un petit garçon qu’elle tiendra toujours éloigné de sa vie artistique et médiatique. Un petit garçon qui devint d’emblée la grande passion de sa vie. Au détriment semble-il du papa quelle ne prit même jamais la peine de nommer !

Que sait-on ensuite de la belle Monique ?

En 1955 elle est de retour en France pour tenir la vedette et s’essayer aux dialogues d’Audiard dans « Série Noire » face à Henri Vidal, Erich von Stroheim, Roger Hanin et Robert Hossein ! la France la reçoit avec tous les honneurs dus à une grande vedette américaine aux origines européennes. On est alors très fiers dans l’hexagone de Monique van Vooren, comme de Corinne Calvet, Denise Darcel et Nicole Maurey. Que Monique soit belge n’a pas d’importance Mais « Série Noire », malgré un rôle de grande vedette ne convainc guère Monique de rester en Europe. Après un second « policier » face à Eddie Constantine, Monique regagne son cher Hollywood où on ne la reverra au cinéma qu’une seule fois par an jusqu’en 1959.

La belle à l’occasion de son séjour européen fait cette déclaration qui semble calquée sur les dires d’une Rita Hayworth. « On a fait de moi une vamp, une mangeuse d’hommes, une ogresse. Parce que ça colle bien avec mon physique je suppose. Alors on a mis le portrait dans un cadre, on l’a accroché au mur et les gens regardent cette image de Monique van Vooren la dévoreuse. Et moi je vis dans ce cadre, derrière la vitre. Je pose, je joue à être la blonde ogresse de série noire. Pourtant si vous saviez à quel point je suis loin de tout ça ! Il n’y a pas au monde de petite bourgeoise plus popote que moi ! »

Alors qu’à fait Monique van Vooren après Eddie Constantine et avant de rejoindre Mitzi Gaynor et David Niven sur le plateau de « Bon Anniversaire » ? Elle a mis au point son nouveau numéro de cabaret afin de remettre à ses pieds Las Vegas puisque Hollywood se fait décidément trop attendre ! Mais si Hollywood est littéralement submergé de blondes sensuelles à ne plus savoir qu’en faire, Las Vegas n’est pas en reste puisque s’y produisent miss Jayne Mansfield, Marlène Dietrich, Mae West et surtout Mamie van Doren dont les gazettes lorsqu’elles manquent de matière font la rivale de Monique.

- »Je suis allée applaudir Mamie dans son spectacle, elle est tout à fait ravissante ! »

- »Vous pensez réellement ce que vous dites, Monique ? »

- »Absolument pas ! »

Ainsi semblais scellé le sort américain de Monique van Vooren : « Rivale de Mamie van Doren » qui était elle-même la rivale de Jayne Mansfield qui l’était de Sheree North qui l’était de Diana Dors qui l’était de Barbara Nichols qui l’était de Joi Lansing qui l’était de Betty Grable qui l’était Marilyn Monroe qui l’était d’elle-même.

monique van vooren

Pauvre Monique qui sortit quand même un album de ses plus glorieux succès et resta surtout célèbre pour avoir consommé plus de perruques que les sœurs Gabor réunies.

Elle aurait alors pu se fondre dans l’anonymat hostile des blondes victimes d’Hollywood et sombrer dans un long désespoir grossissant et alcoolisé mais il n’en fut rien. Ce serait sans compter sur le mariage de Monique avec un richissime industriel new-yorkais. Sans renoncer à son spectacle de cabaret qui fera dire à un critique aimable « J’ai vu le spectacle de Monique van Vooren, c’est extraordinaire, il n’a pas changé d’un iota en 35 ans ! »

Durant toutes les années 60 elle ne tiendra qu’un seul rôle au cinéma, un premier rôle il est vrai, face à Jon Voigt dans « Fearless Frank ». Le tournage terminé elle s’en va se montrer dans la série « Batman » à la télévision ! Le reste du temps, miss van Vooren qui entendait bien rester la blonde sensationnelle de 1950 vivait dans son luxueux penthouse de Manhattan et se liait d’amitié avec tout le gotha new-yorkais du club 54 qui serait la signature intellectuelle et délicieusement décadente de la décennie suivante. Woody Allen, un de ses meilleurs amis avec qui elle posera pour vanter les mérites de la vodka Smirnoff est de ses intimes mais il n’y a pas que lui ! Carole Bouquet, Mick et Bianca Jagger, Gloria Swanson, Niko, David Bowie sont ses amis. Andy Warhol ne la lâche pas d’une semelle.

monique van vooren woody allen

C’est sa copine Diane von Fürstenberg qui l’habille à la ville et lorsque Rudolph Noureev « passera à l’ouest », c’est chez elle qu’il habitera quand il séjournera à New-York. Ces deux-là étaient si proches qu’il y aura de très sérieuses rumeurs de mariage dans la presse. Et comme les parents de Rudolph Noureev sont restés de l’autre côté du rideau de fer, c’est Monique, coiffée de sa plus somptueuse perruque qui va régulièrement les visiter ! Personne à l’Est, jamais, n’osa lui poser la moindre question, je ne suis même pas sûre qu’on lui ait demandé son passeport !

Lorsqu’en 1973 on lui propose de tourner intégralement nue avec l’idole sulfureuse qu’est alors le beau Joe Dallesandro, Monique n’hésite pas un seul instant. Elle ne gardera couverte que la tête puisque les perruques sont sa passion ! Il n’y avait pas là de quoi l’ébouriffer, elle avait été l’interprète de Pier Paolo Pasolini deux ans plus tôt !

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C’est par amitié admirative pour elle que Just Jaekins place Sylvia Kristel sur son illustre fauteuil en rotin pour l’affiche d’Emmanuelle. Clin d’œil à une des plus célèbres photos de Monique ! Les « années folles qu’auront été les années 70 à New-York vont s’arrêter net avec l’apparition du sida et la mort va faucher beaucoup dans l’entourage de Monique van Vooren.

Mais puisque Mamie van Doren ne dételait pas et entendait bien rester l’ultime blonde platine en activité, Monique ne vit pas de raisons pour rester recluse. Se rendant compte qu’elle n’avait jamais tourné de petit film d’horreur à petit budget, ce qui est un incontournable des fins de carrières hollywoodiennes pour les anciennes divas du « sex appeal », Monique tourna le sien en…2012 !

Monique van Vooren resta donc l’ultime rivale de Mamie van Doren. Et si la seconde reste plus célèbre aujourd’hui, c’est avec moins de panache !

Je suis, je le reconnais bien volontiers une admiratrice de Monique van Vooren. Je ne suis pas un fan car son passage au cinéma est trop éphémère pour pouvoir véritablement générer ce type d’intérêt. C’est la femme que j’admire plus que l’actrice. Je l’admire pour avoir su magnifiquement négocier avec son temps et vivre ses amitiés et ses passions sans aucun souci du qu’en dira-on.

Monique van Vooren, ma compatriote, qui s’en est allée en toute discrétion le 25 janvier 2020 avait l’intelligence de l’esprit doublée de celle du cœur car on ne suscite pas l’amitié sincère des plus grands artistes du temps sans être entièrement sincère.

Celine Colassin

monique van vooren

QUE VOIR?

La filmographie complète de Monique van Vooren

1950: Domani è troppo Tardi: Avec Anna-Maria Pierangeli, Loïs Maxwell et Vittorio de Sica.

1953: Tarzan and the She Devil: Avec Lex Barker et Joyce MacKenzie

1955: Serie Noire Avec Henri Vidal, Robert Hossein et Erich von Stroheim

1955: Ca va Barder: Avec Eddie Constantine et May Britt

1957: Ten Thousand Bedrooms: Avec Dean Martin et Eva Bartok

1958: Gigi: Avec Leslie Caron, Louis Jourdan et Maurice Chevalier

1959: Happy Anniversary: Avec Mitzi Gaynor et David Niven

1967: Fearless Frank: Avec Jon Voight

1971: Le Decameron: Avec Franco Citti

1973: Flesh for Frankenstein: Avec Joe Dallesandro  et Dalila di Lazzaro

1973: Ash Wednesday: Avec Elizabeth Taylor, Helmut Berger et Henri Fonda

1973: Sugar Cookies: Avec George Shannon

1987: Wall Street: Avec Michael Douglas et Martin Sheen

2012: Greystone Park: Avec Pete Antico

 

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