jill clayburgh

Jill Clayburgh n’est plus.

La leucémie contre laquelle elle luttait avec acharnement depuis vingt ans a finalement eu raison de ses forces le 5 Novembre 2010.

La nouvelle n’est pas qu’affligeante, elle est un peu étrange, presque insolite. Jill Clayburgh était un monstre sacré de la trempe d’une Bette Davis, d’une Katharine Hepburn, d’une Gloria Swanson, et on ne meurt pas lorsque l’on est de cette race là.

Jill naît à New-York le 30 Avril 1944, et si son père est un entrepreneur fortuné, elle est malgré tout presque une enfant de la balle. Sa maman, Julia Dorr est la secrétaire d’un producteur célèbre et sa grand’mère paternelle, miss Alma Clayburgh fut une célèbre diva.

Jill connaîtra donc l’enfance et l’adolescence d’une jeune fille de bonne famille et ses parents ne feront aucune objection à sa vocation d’actrice. Elle débutera  avant d’avoir vingt ans sur les planches de Broadway et au cinéma.

Et si aujourd’hui ces fameux débuts filmés nous semblent idéaux pour une comédienne, qu’elle soit débutante ou non, pensez donc, dirigée par Brian de Palma face à Robert de Niro, ils ne furent pas aussi porteurs qu’ils auraient dû l’être!

Le film mettra six ans à trouver un distributeur! Jill avait 19 ans quand elle l’a tourné, elle en avait 25 quand il est sorti et a braqué sur elle l’attention des producteurs. Mais Jill n’est plus la jeune fille du film, elle a mûri et surtout son jeu a terriblement évolué. Elle n’a cessé de jouer à Broadway depuis le tournage de ce film qu’elle avait presque oublié. Tant de choses s’étaient passées depuis!

Dès que le film fut libéré, Jill Clayburgh sera sollicitée par le cinéma et adoptera d’emblée son indéfectible règle de conduite: Pas de concessions! Que des films qui lui « parlent » des films qui en valent la peine! Elle est alors la compagne d’un autre acteur qui fera de l’intransigeance son leitmotiv: Al Pacino. Leur union durera cinq ans, cinq années plutôt tapageuses et c’est Jill qui prendra la décision de la rupture définitive.

Al Pacino affichant une mine particulièrement défaite, il répondit aux journalistes qui le questionnaient sur cette rupture qui avait l’air de tant l’affliger « Bien sûr que je suis triste! Elle a gardé mon petit canard en plastique avec lequel je jouais dans mon bain! » Il s’en trouva pour y croire.

De son côté, Jill Clayburgh tourne et commente « Je peux être jeune ou vieille, laide ou belle, je m’en fous, je suis une actrice! Engagez-moi et je ferai le reste! »

En 1974 elle décroche le rôle que le tout Hollywood, Faye Dunaway en tête s’arrache: elle incarne la légendaire et tragique Carole Lombard face à James Brolin qui incarne Clark Gable dans « Lombard and Gable ». Un biopic qui provoquera une émeute journalistique et ne fera pas ses frais!

Mais pour Jill Clayburgh ce fut la reconnaissance publique et le départ pour le tout grand vedettariat hollywoodien!

En 1978, Le Festival de Cannes la consacrait meilleure actrice de l’année pour « Unmarried Woman ». les Golden Globes, les Oscars américains et Anglais la nommaient pour sa prestation. L’année suivante elle était à nouveau nommée pour « Starting Over ». Plus aucun doute à avoir: une star était née.

Jill Clayburgh épousait David Rabe, dramaturge et scénariste de son état qui lui donnerait deux enfants, un fils et une fille, Michael et Lily.

Jill Clayburgh, devenue une des femmes les plus puissantes d’Hollywood alors que les années 80 se profilent, n’a pas , malgré sa starification, changé son fusil d’épaule. Elle se risque dans l’univers du sulfureux Bernardo Bertolucci encore tout auréolé de noir après le scandale du « Dernier Tango à Paris ». Elle tourne »La Luna ». Le film draina un large public alléché par le nom de la star en haut de l’affiche mais fut très controversé. Pensez donc: Jill Clayburgh y masturbait son propre fils! Cette actrice si délicieuse dans « Starting Over », cette joyeuse comédie ou elle jouait avec Burt Reynolds, tendait maintenant des pièges au public du dimanche soir qui se retrouvait dans son fauteuil pour voir une mère masturber son fils drogué. Cette petite prouesse incestueuse valut à Jill Clayburgh le Golden globe de la meilleure actrice de l’année, mais son image en fut plus qu’ébranlée, le public américain lui retira sa confiance!

D’un divin haussement d’épaules, elle continua sur sa lancée et alla de performance en performance dans des films qui lui plaisaient et uniquement ceux-là. Il y eut bien entendu encore de jolis succès mais plus de triomphes royaux comme elle en avait connu à la fin des années 70. On parla moins de ses films et donc moins d’elle.

Jill Clayburgh n’était pas du genre à se formaliser pour ces choses. Elle était maintenant une actrice mythique pour une nouvelle génération de réalisateurs dont le fantasme absolu était de la faire tourner et de la mettre à tout jamais sur le trône de reine incontestée d’Hollywood. Trône qu’elle avait frôlé de si prés mais sans jamais s’y poser.

La maladie en décida autrement, même si Jill Clayburgh ne cessa jamais de tourner. En 1992, elle est l’épouse d’Albert Finney dans « Rich in Love ». Sa maigreur fait peur à voir, elle semble épuisée. Le scénario lui donne en rivale une actrice nettement son aînée: Piper Laurie qui n’a aucun mal à lui damer le pion en jouant les vétéranes affriolantes.

Son dernier film, « Les Demoiselles d’Honneur » (Mes meilleures amies)  sortira de manière posthume en 2011.

Elle y était la mère dépressive de l’héroïne, toujours pas remise de son divorce après 15 ans et assistant aux réunions des alcooliques anonymes bien que n’ayant jamais bu un seul verre d’alcool. « c’est seulement pour ça que je ne suis pas alcoolique, mais si je buvais je le serais! »

L’actrice qui s’était éteinte en toute discrétion et entourée des siens  dans sa propriété du Connecticut n’avait que 66 ans.

Celine Colassin

jill clayburgh

QUE VOIR?

1963: Wedding Party: Avec Jennifer Sel et Robert de Niro

1971: The Telephon Book: Avec Margaret Brewster

1972: Portnoy’s Complaint: Avec Karen Black et Richard Benjamin

1974: The Terminal Man: Avec George Segal et Joan Hackett

1976: Lombard and Gable: Avec James Brolin

1976: Silver Streak: Avec Gene Wilder et Richard Pryor

1978: An Unmarried Woman: Avec Alan Bates

1979: Starting Over: Avec Burt Reynolds et Candice Bergen

1979: La Luna: Avec Matthew Berry et Renato Salvatori

1981: Premier Lundi d’Octobre: Avec Walter Matthau

1982: I’m Dancing as Fast I can: Avec Joe Pesci etGéraldine Page

1987: She People: Avec Barbara Hershey

1990: Oltre l’Oceano: Avec Ben Gazzara

1992: Rich in Love: Avec Albert Finney et Piper Laurie

1992: Whispers in the Dark: Avec Annabella Sciorra

1997: Going All the Way: Avec Rose MacGowan, Ben Affleck et Lesley Ann Warren.

2001: Never Again: Avec Jeffrey Tambor

2006: Courir avec des Ciseaux: Avec Annette Bening, Gwyneth Paltrow et Brian Cox.

 

 

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