betta saint john

Hollywood s’est souvent pâmé d’admiration en découvrant des danseurs, des chanteurs voire des champions olympiques ou des anciens combattants. Les tapis rouges de la Mecque du cinéma se déroulent volontiers sous les augustes pieds d’artistes dont le talent n’est pas de jouer la comédie. Ah Sonja Henie et ses patins à glace, ah Johnny Weissmuller et ses lianes! Ah Jeanette Macdonald, Mario Lanza, Barrie Chase, Leslie Caron, Esther Williams, Carmen Miranda, Audie Murphy! Mais rien de tout ça pour Betta Saint John, née en Californie, jolie comme un cœur, chantant, dansant et enchantant les scènes depuis l’enfance et accessoirement les caméras depuis l’âge de dix ans!

Betta Saint John naît le 26 novembre 1929 à Hawthorne comme Betty Jane Striegler. Comme la plupart des petites filles de sa génération pour peu que leurs parents en aient les moyens, elle suit des cours de danse, de chant et de musique. Et, stupéfaction! L’enfant est douée! Merveilleusement! Fantastiquement! Et en tout! Ses parents sont à tout prendre plutôt ravis. Il est évidemment plus flatteur d’avoir mis au monde une enfant prodige plutôt qu’une andouille! A l’avènement du phénomène planétaire Shirley Temple, la cadette d’un an à peine de Betty Jane, tous les professeurs de cette dernière clamèrent à l’unanimité qu’elle était bien supérieure en tout à la petite blondinette toute en bouclettes postiches et qu’il fallait à tout prix l’envoyer à la conquête d’Hollywood. Nul doute qu’elle mette le cinéma à ses pieds d’un claquement de doigt!

Malheureusement, les parents de Betty Jane n’étaient pas convaincus outre mesure par l’intérêt des films de Shirley Temple et estimèrent que la place de leur fille était toute désignée… sur les bancs de l’école! Il faut dire qu’à l’époque Hollywood est littéralement pavé de mères de famille se traînant à plat ventre pour que « quelqu’un d’important » style le gardien de parking de la RKO daigne jeter un œil sur la photo de leur merveilleuse enfant quitte à vendre elles-mêmes un œil, se prostituer ou prostituer la merveilleuse enfant!

La famille Striegler n’est que peu friande de ce spectacle peu ragoûtant

Je ne sais par quelle insistance, celle de la petite Betta ou de ses professeurs, on convint d’un compromis: Betta aurait la vie de toutes les petites filles de son âge à ceci près qu’elle aurai sa photo dans tous les bureaux de casting d’Hollywood. Encore fallait-il qu’une proposition ne vienne pas perturber l’organisation de la famille Striegler! Et c’est hélas ce qui arriva, privant sans doute Betta d’une gloire immense et éternelle.

Louis B. Mayer malgré tous ses efforts n’a pas réussi à obtenir son idole Deanna Durbin pour son magicien d’Oz. Shirley Temple non plus!  Tout son staff le supplie déjà de prendre Judy Garland mais l’homme glapit qu’il préfère encore s’immoler par le feu sur un bûcher de bobines de films MGM déficitaires. Alors toutes les petites filles de 7 à 13 ans référencées en bureaux de casting sont auditionnés: jeu, danse, chant. Betta aussi et…C’est elle qui rafle le rôle de Dorothy à l’unanimité…Sauf de ses parents qui n’entendent pas décaler leurs vacances pour un film! Les dates prévues pour le tournage ne collent pas avec leur calendrier personnel. Finalement Judy sera Dorothy malgré ses 17 ans. Betta se consola dit-on en entonnant « Little Joe » , la chanson de Marlène Dietrich dans « Destry rides again ».

Le tapage fait autour du casting du « Magicien d’Oz » avait mis un peu de lumière sur cette bambine exceptionnelle devenue « Betta Saint John » par l’opération de sainte publicité. Malgré le rôle refusé et la rancune éternelle de Mayer, Betta obtint quelques petits rôles et joua les orphelines anonymes au côté de la jeune Elizabeth Taylor.

betta saint john

En 1943 la guerre fait rage et il se passe une chose pour le moins étrange dans la famille Striegler. La vocation de Betta ne fait plus aucun doute et son talent non plus. Ses parents qui avaient toujours considéré sa carrière artistique comme une distraction d’enfant font un véritable volte face et décident d’appuyer leur fille de toutes leurs forces.

Puisque Hollywood ne l’utilise que comme utilité, on partira à la conquête de Broadway! Voilà! Je dois ici apporter une précision: une gazette de l’époque affirme que la maman de Betta aurait profité de l’absence d’un mari au combat pour filer sur Broadway avec sa fille sans le consentement conjugal. Je mets l’anecdote entre guillemets car rien n’indique que le père de Betta Saint John ait jamais contré les ambitions de sa fille si ce n’est en lui imposant une scolarité et une vie de famille bien légitimes.

Quoi qu’il en soit, le déplacement fut bien inspiré! En 1949, (papa est donc rentré depuis bin longtemps à moins que la guerre ne l’ait tenu éloigné pour de bon) Betta crée la nouvelle comédie musicale de Rodgers et Hammerstein: « Pacifique sud ». C’est un triomphe absolu! Betta tiendra le rôle de Liat qu’elle a créé 1295 fois! Betta jouera « Pacifique Sud » durant cinq ans sans relâche. En tournée à Londres elle aura l’insigne honneur de jouer devant la princesse Elizabeth et le roi Georges VI une semaine avant son décès. Parmi les acteurs locaux engagés pour les petits rôles comme le veut la tradition, un certain Sean Connery!

 Mais bien plus que le roi et sa fille, les représentations de Londres seront marqués par un événement bien plus crucial pour Betta Saint John: La rencontre de l’homme de sa vie. L’acteur anglais Peter Grant. Le couple se marie en 1952 et restera uni durant 40 ans. Peter Gant laissera Betta veuve en 1992. C’est donc une femme mariée et qui sera bientôt maman de trois enfants qui rentre à Hollywood. Et surtout, c’est une artiste sanctifiée par un succès de Broadway.

Presque immédiatement on lui offre des rôles dans des films important comme « Le Prince étudiant » même si la vedette en  était Ann Blyth et non Betta Saint John. Betta, rentrée d’Europe en 1953 tournera durant deux ans dans les films les plus prestigieux du moment. Et  même si elle tient essentiellement des seconds rôles, c’est face à Robert Taylor ou Richard Burton! Mais l’ère de la comédie musicale décline inexorablement et bientôt les super productions en technicolor et panavision vont se raréfier elles aussi.

betta saint john

Le prestige des films pour lesquels on sollicite Betta Saint John semble diminuer de film en film et ce qui est vrai pour elle l’est tout autant pour des stars de l’envergure d’une Rita Hayworth, d’une Ava Gardner ou d’une Ginger Rogers. Il y a bien longtemps qu’elle s’est engouffrée à la télévision lorsqu’en 1960 elle renonce au cinéma où on ne la voit plus que dans Tarzan ou des films d’horreur avec Christopher Lee! Betta Saint John travaillera encore pour la télévision jusqu’en 1965 puis, ses enfants grandissant, elle estima qu’ils avaient plus besoin d’elle qu’elle n’avait besoin de tourner un épisode de plus de « L’Homme invisible ».

Betta Saint John se retira de la vie publique et se consacra à sa vie de famille dans une discrétion absolue.

Celine Colassin

betta saint john

QUE VOIR?

1939: Destry Rides Again (la petite fille qui chante dans le train)

1940: Waldo’s Last Stand: Court métrage avec Robert Blake pour une démonstration de claquettes

1941: Lydia: Avec Merle Oberon et Joseph Cotten

1943: Jane Eyre: Avec Elizabeth Taylor

1953: Dream Wife: Avec Deborah Kerr et Cary Grant

1953: All the Brothers Were Valiant: Avec Ann Blyth et Robert Taylor

1953: The Robe: Avec Jean Simmons, Victor Mature et Richard Burton

1954: The Student Prince: Avec Ann Blyth et Edmund Purdom

1954: Dangerous Mission: Avec Piper Laurie, Vincent Price et Victor Mature

1957: High Tide at Noon: Avec Michael Craig et William Sylvester

1957: Tarzan and the Lost Safari: Avec Gordon Scott et Yolande Donlan

1958: Corridors of Blood: Avec Boris Karloff et Christopher Lee

1960: Tarzan the Magnificent : Avec Gordon Scott et Jock Mahoney

1960: The City of the Dead: Ave Patricia Jessel et Christopher Lee

 

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